Galerie Marie Ricco

COMMENTAIRES


Jeudi 28 janvier 2010 
Hyperréalisme, l'art absolu


v-enrico-guarino-milky-acrylique-sur-toile-80x120-cmLa galerie Marie Ricco a choisi d’offrir place plus importante à l’hyperréalisme, ce genre artistique né aux Etats-Unis à la fin des années 60 et caractérisé par une représentation figurative ultra-réaliste.

Défendant les héritiers du Pop Art, il nous paraissait logique de présenter un mouvement qui en était issu et qui intervient lui aussi dans une société de consommation et de sur-production.

L’hyperréalisme fascine et, devant une telle prouesse technique, tout le monde s’accorde à dire que l’image qui en résulte est la digne représentation de la réalité dans sa qualité purement photographique. Or, il paraît réducteur de ne considérer l’hyperréalisme que comme une reproduction mécanique froide.

La froideur si souvent et injustement attribuée à ce genre de peinture ne saurait être à l’origine du succès remporté auprès du grand public et des collectionneurs. Nul n’a jamais été séduit par la beauté glaciale.

Ce n’est donc pas le caractère froid et insipide qui captive le regard mais bel et bien l’aspect illusionniste, - « Illusion is the first of all pleasures » nous dit Oscar Wilde - ce leurre magique qui nous séduit en premier lieu et nous ramène à notre modeste condition de spectateur.

Cet exploit technique fait souvent oublier l’acte de création qui, en amont, a orienté l’oeil de l’artiste vers une mise en scène d’objets qui va leur conférer une nouvelle identité, une aura si particulière qu’elle nous submerge d’émotions. Car l’émotion procède bien de l’ambiance, elle-même issue du cadrage, de la composition, de la lumière qui dévoile les formes sous un angle inédit et que seuls les grands maîtres savent maîtriser.

A cet égard, l’hyperréalisme transcende bien souvent la réalité. L’univers quasi surréaliste de Marcello Petisci ou de Guy Tempier, et celui, plus nostalgique des « still life » de Enrico Guarino en sont quelques exemples que la Galerie Marie Ricco aime à défendre. Car plus qu’une performance technique - dont nous leur savons gré de prolonger l’acte de peindre en tant que tel - les hyperréalistes offrent à leur public une vision subjective de la réalité.

Ces virtuoses de la peinture n’excellent donc pas seulement dans la technique. Tout au plus s’en servent-ils pour mieux jouer de l’image et leurrer les regards qui s’y fourvoient. Les cadrages érotico-charnels d’un Schlosser ou les vues urbaines d’un Richard Estes n’ont jamais été prétexte à la performance de la peinture. Ils ne sont pas au service d’une technique mais participent à définir le style de l’artiste et sa vision qui lui est propre.

Répondant à une question sur ce genre artistique, un jeune homme italien me dit un jour, du haut de ses 13 ans : « è fatto senza imaginazione ». Sa réplique reprend exactement la définition de nombres de dictionnaires qui constatent platement que les hyperréalistes « recherchent la neutralité et montrent le monde de manière objective ».

Il n’est pourtant pas d’exercice plus difficile que de sublimer la réalité tout en la calquant.

L’hyperréalisme est un art absolu.

 

Par Anne-Cécile Satta - Publié dans : Pop Art
Communauté : Art contemporain en France


Commentaires 

 
#1 M&M 21-02-2010 17:58
Le caractère froid - si l'en est - n'est pas la seule caractéristique des peintres hyperréalistes. Voyez Jacques Monory, un des représentants de la figuration narrative, dont les tableaux tirent souvent sur des monochromes bleus. Je ne sais pas d'où vient cette idée de froideur qu'on tend à donner à l'hyperréalisme. Ce verre de lait ne baigne-t-il pas dans des couleurs chaudes? Voilà un beau plaidoyer en faveur de cet art.

M&M
Citer